Préfet: « L’heure est venue à plus de retenue dans les projets d’éoliennes »

Ziad Khoury, le préfet de l’Aisne, annonce également en 2019 que l’heure est venue à plus de retenue dans les projets d’éoliennes, notamment au regard des critères de paysage et de patrimoine, au profit d’autres vecteurs de la transition énergétique comme le photovoltaïque, la méthanisation ou la rénovation thermique.

Dans notre dernier bulletin d’information, nous rapportions que le préfet joignit le geste à la parole en refusant le projet éolien à Any-Martin-Rieux – Leuze – Martigny. Le 25 novembre 2020, le projet d’éolien à Dorengt, du promoteur Enertag, a également été refusé par le préfet.

Rapport sur l’entretien avec la sous-préfète, Mme Sonia Hasni

Le 2 décembre 2020, l’association Platform Thiérache et le collectif Agir Pour La Thiérache ont eu un entretien avec Mme Sonia Hasni. Le président de notre association, M. Yann Le Goff, a d’abord remis les 1 163 pétitions contre l’installation d’éoliennes dans la Thiérache. Et alors Mart. Warmerdam, en tant que vice-président néerlandais de Platform Thiérache, a été remis à la sous-préfète une dizaine de lettres avec des histoires de propriétaires néerlandais et belges de maisons de vacances dans la Thiérache. Dans ces lettres, ils expriment leurs inquiétudes quant à l’installation prévue d’éoliennes dans la Thiérache. Mme Hasni comprend la grande préoccupation des habitants à l’avenir de la Thiérache et apprécie l’engagement des propriétaires étrangers.

« Pour sauver la planète, l’industrie éolienne tue nos campagnes ».  Par cette déclaration, Jean-Hugues Pointier, président du collectif Agir Pour La Thiérache, a alors ouvert un plaidoyer passionné pour déclarer la Thiérache zone protégée.

Pointier: « C’est l’euthanasie d’un territoire avec le déclin de nos villages et la désespérance des habitants qui est en cause face aux nombreux projets dont plus de cinquante éoliennes autour de Plomion. Nous avons proposé, dans l’esprit de la Charte paysagère du pays de Thiérache la création d’une zone de protection, au sein d’un parc naturel en Thiérache, contre toutes installations industrielles qui impactent l’environnement et le paysage.

Le Parc Naturel Régional de l’Avesnois (PNR) souhaite s’étendre vers la Thiérache, cette extension peut être incluse dans la révision de sa charte en 2021. Parce que ce projet a une cohérence territoriale, environnementale et économique, les instances administratives préfecture et sous-préfecture semblent adhérer à ce projet dans le cadre du Pacte Sambre-Avesnois-Thiérache.

Si nous avons trouvé une écoute bienveillante de nos interlocuteurs, Il nous reste cependant à convaincre les élus du Pôle d’équilibre territorial et rural (PETR) de Thiérache de faire avancer ce projet initié il y a plus de dix ans.

Pour ne pas hypothéquer sa réussite, nous demandons au Préfet de l’Aisne, Mr Ziad Khoury, un moratoire pour l’arrêt de toute installation éolienne dans cette zone, le temps de la concertation avec les acteurs de ce dossier, administration, élus et associations en espérant que cette fois-ci la région Hauts-de-France adhérera à ce beau projet. »

Avis de la Mission Régional d’Autorité environnementale sur le projet Grand Cerisier

Nous avons récemment réussi à obtenir l’avis de la MRAe (Mission Régionale d’Autorité environnementale Hauts-de-France) sur le projet Grand Cerisier, qui a été publié le 9 décembre 2020. La MRAe est très critique à l’égard des conclusions par le promoteur du projet, Renewable Energy Systems (RES), et n’est pas d’accord avec les conclusions de RES sur de nombreux points. En particulier, les impacts des éoliennes sur d’espèces de chiroptères et d’oiseaux protégées menacées sont considérés comme « sous-estimés ».

Voici les principales conclusions de l’avis de la MRAe :

« Le projet présenté par la société Renewable Energy Systems (RES), le parc éolien Le Grand Cerisier porte sur la création de neuf éoliennes, en deux groupes de six et trois éoliennes, d’une hauteur de 180 mètres en bout de pale, et trois postes de livraison sur les communes de Coingt, Jeantes, Bancigny, Dagny-Lambercy, Plomion et Nampcelles-la-Cour dans le département de l’Aisne. Le modèle d’éolienne retenu n’est pas arrêté.

Le projet s’inscrit dans l’entité paysagère les églises fortifiées de la Thiérache, à forte valeur patrimoniale (nombreuses d’entre elles sont classées monuments historiques), au sein de zones d’enjeux connus pour les espèces d’oiseaux la Cigogne noire et le Milan royal, deux espèces protégées et menacées. L’éolienne E8 est à 670 m de l’habitation la plus proche.

L’étude acoustique montre un risque de dépassement des seuils réglementaires en matière de bruit en période diurne et nocturne. Un bridage des éoliennes est prévu, mais n’est pas repris dans l’étude d’impact.

Concernant le paysage, le projet s’implante sur un secteur jusqu’à présent préservé, ce qui limite les impacts cumulés. L’étude paysagère propose des mesures pour compenser l’impact du parc.

Concernant la biodiversité, l’état initial est insuffisant au regard des enjeux (inventaires de plus de trois ans, ne caractérisant pas le cycle biologique, absence d’écoutes en altitude pour les chiroptères, absence d’utilisation de la technologie radar pour les oiseaux). L’étude confirme la présence d’espèces protégées menacées très sensibles à l’éolien, comme la Cigogne noire et le Milan royal, ainsi que la Noctule commune, une espèce de chiroptère dont l’extinction est à craindre dans les années à venir.

Noctule common

Six éoliennes sont situées à moins de 200 mètres en bout de pale de haies, d’éléments boisés et de secteurs identifiés par l’étude comme présentant des enjeux forts pour les oiseaux et les chiroptères. S’y ajoutent deux autres éoliennes concernées notamment par une zone de vol du Milan royal. L’évitement n’a pas été recherché. L’étude conclut pourtant à un impact faible pour ces espèces.

Les enjeux et les impacts sont sous-estimés. Il convient de rappeler que la Cigogne noire est une des espèces ayant permis la désignation du site Natura 2000 FR2212004 Forêts de Thiérache : Hirson et Saint-Michel situé à 11,4 km du secteur de projet. L’autorité environnementale recommande de réévaluer les incidences du projet sur les sites Natura 2000 notamment au regard de l’impact sur la Cigogne noire.

Au regard de ces éléments, l’autorité environnementale recommande de rechercher une solution alternative à la zone d’implantation potentielle retenue (autre localisation).

Si le choix du site est maintenu, l’autorité environnementale recommande de compléter les inventaires et d’assurer l’évitement des enjeux principaux, ce qui supposera a priori de supprimer huit éoliennes, étant donné les niveaux d’enjeux, en particulier du fait de la présence de la Noctule commune, de la Cigogne noire, et du Milan royal.

Milan Royal (photo Jean-Loup Ridou)

Les recommandations émises par l’autorité environnementale pour améliorer la qualité de l’étude d’impact et la prise en compte de l’environnement par le projet sont précisées dans l’avis détaillé ci-joint.

Téléchargez/lisez ici l’avis complet :

Il est évident que c’est une tache quasi impossible pour RES pour répondre aux préoccupations de la MRAe. Enfin, nous rendons hommage au travail de la MRAe, qui s’est montré très consciencieux.

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